Le mot « pépin » ne s’est pas contenté de rester dans les pages jaunies de l’argot parisien du XIXe siècle. Tandis que d’autres expressions se sont dissoutes dans l’oubli, celui-ci s’est faufilé dans la langue, indifférent aux dictionnaires et aux académies. Hors des textes officiels, loin des arrêtés et des définitions figées, « pépin » s’est imposé à l’oral, glissant de bouche en bouche, fidèle à l’esprit libre des rues où il a vu le jour.
Pourquoi appelle-t-on un parapluie un « pépin » ?
L’appellation « pépin » pour désigner un parapluie ne doit rien au hasard. Ce mot, qui désigne d’abord la graine cachée dans un fruit, a pris un nouveau visage sur les trottoirs de Paris. Entre pavés mouillés et verbe haut, les habitants s’amusaient à réinventer le langage, donnant au parapluie ce surnom inattendu. « Pépin », c’est aussi le cousin de « pébroc » ou « pébroque », ces variantes argotiques entendues dans les faubourgs, et qui ont gardé la même musique populaire.
Pour mieux comprendre cette famille de mots, voici un aperçu des différentes appellations qui circulaient alors :
- pépin : le terme argotique pour parapluie, toujours vivace aujourd’hui
- pébroc : une version abrégée et familière, bien connue des Parisiens
- pébroque : la forme ancienne, désormais désuète, mais qui a laissé son empreinte
Dans ce tourbillon de sons et d’inventions, « Papin » aurait pu être un autre avatar, né d’une glissade phonétique ou d’un accent traînant. La rue, avec son talent pour détourner et métamorphoser les mots, a fait de « pépin » un trait d’humour et un signe d’appartenance. L’argot n’a pas besoin de l’assentiment des dictionnaires : il s’invente, s’impose, résiste. Aujourd’hui encore, on entend ce mot resurgir dans une phrase, preuve que la créativité populaire ne cède rien aux modes passagères. Le parapluie, paré de son sobriquet, n’est plus qu’un objet utilitaire : il devient camarade d’averse et symbole d’une langue qui s’amuse de tout.
Des origines linguistiques surprenantes : entre argot, humour et histoire populaire
À l’origine, le « pépin » évoquait la graine perdue au cœur d’un fruit. Rien ne le prédestinait à devenir accessoire fétiche des carnavals du Nord. Mais à Dunkerque, le mot a pris des couleurs : il s’est hissé au rang d’étendard, brandi par les « masquelours » lors des défilés, symbole festif et signe de ralliement. Le parapluie, qui protège de la pluie, est devenu prétexte à rire, à se reconnaître entre initiés, à perpétuer une tradition où l’humour côtoie la convivialité.
Pour saisir toute l’épaisseur de ce mot, voici les figures et usages qui l’accompagnent dans la culture populaire du Nord :
- pépin : d’abord graine de fruit, il se transforme en parapluie lors des carnavals
- masquelours : ces personnages costumés de Dunkerque, toujours armés de leur pépin lors des parades
- Berguenards : figures emblématiques de Bergues, attachées à la tradition du pépin festif
Le carnaval de Dunkerque incarne cette capacité du langage à détourner, réinventer, magnifier les objets du quotidien. Le parapluie s’habille de rubans, devient insigne de fraternité, et traverse la ville au rythme des chants et des rires. Là-haut, sous un ciel parfois grincheux, le « pépin » ne se contente pas de protéger : il fédère, il célèbre, il raconte une histoire de transmission et d’esprit collectif.
Le mot « pépin » aujourd’hui : usages, anecdotes et héritage dans la langue française
Le temps a passé, mais « pépin » n’a pas disparu des conversations. Il a survécu à sa période purement argotique, s’est installé dans le langage courant, et continue de désigner le parapluie avec une pointe de malice. Dans certains milieux, notamment la mode, le terme évoque encore ce charme désuet, ce clin d’œil à une élégance à la française où l’accessoire est aussi un signe de style.
À Aurillac, la Maison Piganiol perpétue cette tradition. Le modèle « Le Henri », tout en coton et muni d’une poignée en bois d’érable, rend hommage à Henri Piganiol, l’artisan fondateur. Dans les ateliers, « pépin » circule entre les générations, comme un mot secret, porteur d’un héritage. Ici, la tradition tutoie l’innovation, et chaque parapluie fabriqué prolonge l’histoire du mot.
Mais le « pépin » s’est aussi aventuré hors du territoire des accessoires. Il a inspiré des patronymes, des pseudonymes, des signatures d’artistes : Denis Pépin (alias Farid Khaldi), Édouard Pépin (nom de plume de Claude Guillaumin), Pepín pour José Casas Gris. De la rue à la littérature, de la fête à l’artisanat, le mot multiplie les vies, preuve de son ancrage dans la culture française.
Pour illustrer la diversité de ses usages, voici quelques exemples marquants :
- pépin : synonyme transmis de génération en génération pour désigner le parapluie
- Maison Piganiol : figure incontournable du parapluie à Aurillac
- héritage linguistique : du carnaval à la mode, le mot traverse les milieux et les époques
Le « pépin » n’est plus seulement un objet ou une curiosité lexicale. Il incarne la capacité de la langue à s’amuser de ses propres inventions, à porter dans une simple syllabe tout un pan de l’histoire populaire. Parfois, il suffit d’un mot pour faire surgir les souvenirs d’une ville sous la pluie, d’un carnaval débridé ou d’un atelier où l’on transmet, encore et toujours, le goût du beau geste et du verbe juste. Ceux qui, aujourd’hui, parlent encore de « pépin » n’ignorent pas ce qu’ils doivent à la fantaisie d’hier. Peut-être, lors de la prochaine averse, surprendrez-vous un sourire complice en entendant ce mot, témoin discret d’une histoire qui n’a pas fini de s’écrire.


